On les appelle les Rabelados (Rebelles), nom qui vient de « se rebeller ». Cette attitude a caractérisé ce peuple qui, il y a plus de cinquante ans, a décidé de s'isoler de ses frères cap-verdiens. Aujourd'hui, les Rabelados renouent peu à peu des liens avec eux et - ce qui était encore impensable récemment - commencent à ouvrir leurs portes aux étrangers.
Les Rabelados sont un cas unique au Cap-Vert. Ils se sont rebellés à l'époque où de nouveaux prêtres, dont les pratiques s'opposaient aux croyances locales, arrivèrent aux Iles du Cap-Vert pour moderniser l'église catholique.
Actuellement, après un isolement de plus d'un demi-siècle, ce groupe de Rabelados, d'environ mille personnes, qui se considèrent comme africains et non comme métisses, se réintègrent progressivement grâce à l'art. Réconciliés avec eux-mêmes comme avec les autres, ils reçoivent les visiteurs sans crainte d'être persécutés comme autrefois, en raison de leur croyance religieuse.
La vie des Rabelados qui, encore récemment, se déroulait « en noir et blanc » : absence de soins, de salaire et d'existence officielle (leurs enfants n'étaient pas déclarés et vivaient en marge de tout) prend peu à peu des couleurs. C'est en 1997 que furent donnés les premiers coups de pinceau qui transformèrent profondément leur vie, sans leur faire perdre leur culture. C'est lorsque l'artiste Misa revint dans son pays, vingt-trois ans après avoir émigré.
Lorsque Misa était à l'étranger, c'était à travers les histoires des Rabelados mêlées aux contes traditionnels qu'elle gardait un lien avec le Cap-Vert. La présence de ce peuple était tellement forte dans sa vie qu'une des premières choses qu'elle fit, quand elle revint dans son pays natal, fut de rendre visite à une des deux communautés de Rabelados qui vivent dans l'île de Santiago. Le premier contact, confesse Misa, ne fut pas facile. C'est que les plus âgés n'avaient jamais oublié les persécutions qu'ils avaient subies dans les années 40 et 50 et craignaient tout contact avec ceux qui étaient étrangers à leur communauté.
Les faits qui poussèrent les Rabelados à s'isoler étaient liés à l'imposition de suivre les nouveaux préceptes de l'église catholique. Comme ils les refusèrent, ils furent persécutés, battus et séparés, un grand nombre de leurs leaders furent déportés dans différentes îles du pays et même en Angola. Ils forgèrent leur résistance à partir de leur isolement du reste de la population et de leur croyance dans l'Ancien Testament et dans des livres comme le Calendrier Lunaire Eternel (Lunario Perpetuo), qui présente un mélange d'astronomie, de médecine traditionnelle et de prophéties.
Une résistance qui, toutefois, ne fut pas suffisante pour faire obstacle à l'obstina-tion de Misa. Pour pénétrer le monde des Rabelados d'Espinho Branco, dirigé par le chef Agostinho, il lui a presque fallu devenir l'un d'entre eux, y compris dans sa manière de s'habiller. Chez les Rabelados, les femmes ne portent pas de pantalons et ont toujours un foulard pour protéger leur tête. En accord avec la culture des Rabelados et dans un respect total de leurs coutumes et de leurs croyances, Misa a réussi, peu à peu, à améliorer la vie de ces cap-verdiens.
Dans leurs déplacements, toujours à pied, à l'intérieur de l'île la plus grande du Cap-Vert, les Rabelados, portent toujours le drapeau du PAIGC, le parti d'Amilcar Cabral qui a dirigé le mouvement pour l'Indépendance du Cap-Vert, obtenue en 1975. Pour ne pas oublier que ce parti et son chef furent les deux principaux responsables de la liberté du pays. Ce qui est important pour un peuple qui n'a jamais accepté d'être sous le joug de quiconque.
Texte original : Marilene Pereira
Photos : Misa